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Nom du blog :
lepiphyte
Description du blog :
On n'écrit jamais pour se sauver, mais pour voir à quel point on est perdu...
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
13.09.2008
Dernière mise à jour :
17.11.2009

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Quand la nuit se façonne...

Publié le 17/11/2009 à 21:32 par lepiphyte
Il est d’autres endroits où la nuit se façonne à vos ébats de soi que le temps déraisonne.
A force d’aimer trop jusque tromper l’absence par quelques vers de trop aux rimes du silence, vous forcez l’utopie jusqu’à la déraison, dérobant à la nuit ses mots et ses frissons.
Je rêve ces endroits tout en rêvant à vous en songes maladroits où les cieux sont à nous et ne cesse d’aimer jusque tromper l’absence exquise à mon côté d’amour et d’indigence.
Je force la folie et viole ma candeur en écrivant petit comme fausse pudeur.
Mais si j’écris pour vous tandis que le mépris m’abandonne à genoux au pied de votre vie où trouverais-je enfin le mépris partagé des nantis clandestins qui se croient affamés d’être si mal aimés en cette Terre aride où la nuit façonnée est devenue rigide ?
Quand la nuit se façonne il est comme un usage de n’être plus personne et de tourner la page.

Il est d’autres chemins où le jour s’emprisonne en cédant du terrain à la nuit polissonne.
Les arpentant sans cesse au hasard des détours vous marchandez vos fesses en guise de séjour au premier mâle transi et à ses vœux lascifs pourvu que dans l’oubli il plonge son canif.
Je rêve ces chemins sans rêver la culbute où transie dans mes mains vous vous sentiriez pute puisque la vie sans cesse vous salit de désirs que vous n’avez de cesse en vain de reproduire.
Nous aurons beau forcer aux creux de l’existence, l’esprit ne peut lutter contre tant d’indolence.
Mais si j’écris pour moi tandis que le mépris vient clore le débat à toute poésie où trouverais-je enfin le mépris partagé des amoureux sereins s’affamant en secret, et comment peaufiner sans écrire je t’aime un écrit saturé de prose… ou de poème ?
Quand le jour s’emprisonne il est comme un ennui et l’humain déraisonne à réclamer la nuit.


Roman de notes

Publié le 13/11/2009 à 19:26 par lepiphyte
Seul le personnage qu’on raconte dans chaque partie ne parle pas avec tirets. L’absence de dialogue est propre à Myriam ceci dit, ça ne peut être vrai que dans la partie de Myriam, puis il y aurait des dialogues partout dans les autres parties. Est-ce ce qui était déjà noté ? Est-ce une manière d’écrire une histoire originale que de l’engouffrer au plus profond des méandres d’un esprit en quête d’absolu littéraire ?
Boire un verre et faire une pause pipi, ça détend. Quand on laisse le mot s’emparer des doigts sur un clavier si lascif, l’orgie littéraire n’est pas loin, et l’absolu ne fait que s’y noyer aux semences du plaisir.
Seul l’esprit peut dompter le mot, et l’esprit a besoin d’espace.
Les plus lents ont besoin de temps.
Une vie pour un roman, à la rigueur s’il permet l’aisance en seconde moitié d’existence, pourquoi pas. Les moins talentueux grattent toute leur vie leur parcelle de mine sans l’once d’un diamant, chacun creuse son trou lentement, et combien de miséreux les ongles écorchés se ruent aux trous béants gardés en somnolence par des nantis fainéants ?

L’esprit reposé ne parvient jamais à reprendre le contrôle des mains lorsque le clavier veut se refaire une ligne.
Par contre il donne une direction, peu importe le sens.
C’est Myriam qui sera sans cesse dégoûtée du monde et le dira à sa manière, à travers ses écrits, que nous ne lirons pas mais Franck saura nous en résumer les plus grands aspects, parfois en les mettant en pratique, ce qui pourrait représenter l’un des éléments essentiels de la personnalité de Franck.
Une vie à travers les autres, ses amis artistes, lui qui ne crée jamais rien, lui qui n’occupe ses mains qu’à la masturbation corporelle quand Myriam doit jouir comme il ne saura probablement jamais, en alignant trois lignes de plaisir sur du papier recyclé.
Le plaisir de Myriam sera toujours gâché par le monde moderne et ses poésies urbaines, ces vers indifférents qui traversent les âges offrant leurs innocents au plus triste naufrage que la Terre ait compté de ces années humaines où le mot écorché se nourrit de sa haine.

Myriam est une poésie a elle toute seule, et pour bien la dire, car la poésie se dit, elle ne se lit jamais, Franck a toujours bien retenu les leçons de sa propre muse, pour bien la dire il faut la vivre.
Quand elle s’habille en dame et l’entraîne avec lui dans les tréfonds obscurs de boîtes libidineuses, ça la rassure qu’il soit là, les mains baladeuses de naguère sont devenues sexuelles, caméra intégrée au bout du gland, on s’est offusqué du risque d’une surveillance permanente et d’une atteinte à l’intégrité individuelle, mais ça nous a donné des idées, l’intégrité du groupe humain est sauve, cette vie a bien ses petites règles sournoises, que personne ne prend vraiment le temps de lire, lire on ne sait plus, pas plus qu’écrire du reste, mais quelle importance face au poids de l’image, quelle importance face au poids d’une société qui s’écrit en cachette sans offrir la possibilité de lire dans son jeu, mais non bien sûr, continuez de jouer, lire dans le jeu des autres, vous avez tous reçu deux as et ça vous fait pas flipper, le dé pipé serait-il devenu sexuel lui aussi, auriez-vous de la merde dans les yeux qu’un bon dictionnaire culinaire dédicacé par Julien Lepers en souvenir de votre mémorable défaite au premier tour pourrait caresser sans éclats ?
C’était juste pour jouer, c’était pour le plaisir, clin d’œil a Julien, ah oui, oui ! Oui !!… vous n’êtes pas champion.

C’est une vie rêvée par Myriam, chacun prend ses petits cartons le matin, estampillés du slogan du jour, un truc qu’on va relire à chaque fois et qui finira par s’ancrer bien profond entre notre esprit divaguant et la petite fontaine en galets de Thaïlande de chez Ikéa.
Aujourd’hui c’est indiqué « Jouer tue ».
Le type a dû se tromper, il sera viré sans avoir le temps de dégainer son petit carton approprié.
Et la vie se déroule comme un jeu, où chaque réponse est forcément sur le carton qu’on tire de sa poche. Julien Lepers a pris de l’avance, toute une carrière de préparation à la lecture du carton de jeu.
Julien Lepers, les grands-mères l’aiment bien parce qu’elles le connaissent depuis longtemps. C’est lui, tous les soirs depuis le décès de pépé, qui cause dans le poste pendant que mémé boit sa petite soupe. Après y’a les infos, et puis on peut s’endormir devant Jean-Pierre Foucault qui présente un grand quizz pour débiles sur une chaîne privée.
Je ne sais pas si vous saviez que quand vous orthographiez mal Jean-Pierre Foucault dans word, le logiciel rectifie car tout le monde connaît Jean-Pierre Foucault.
C’est le même type qui présentait Sacrée Soirée pour la jeunesse de nos ancêtres, et voilà qu’aujourd’hui il est à l’animation d’une téléréalité déguisée en jeu dont le seul but est de se foutre un peu de la gueule des gens.

C’est pas bien de se moquer des imbéciles.
Mais en même temps ils ne se privent eux-mêmes que très rarement du plaisir inverse.
Ca soulage dans l’emploi du mot con, même si une pensée émue pour le poème magnifique de maître Brassens tendrait à prouver le contraire.

Mais allez prouver quelque chose à des mains frénétiques sur un clavier étroit quand l’esprit divague en sa soupe pseudo-littéraire…
On nous a dit déjà que la vie n’était pas un jeu.
Par contre, le pseudo-littéraire ça lui va bien, à Myriam.
Elle a su, malgré ses rages, se sustenter au monde qu’on lui a servi.
Elle n’écrit plus pour l’édition, elle écrit pour la toile, ce lien étroit entre les gens qui offre tous les débordements possibles, tous les espoirs et tous les doutes, mais surtout l’espace nécessaire à l’esprit pour divaguer serein en premier lieu. Tout se fait par pseudo, et c’est une belle image du monde.
Une toile, comme pour les peintres.
Une toile d’araignée avant tout, voudrait surenchérir Franck.
Une image, surtout.
On a juste ôté les miroirs, bafoué les reflets et saccagé les esprits.
Mais faut dire que la merde des autres, ça fait toujours plaisir de s’en croire épargné.
Et si leur vie n’est pas un jeu, quelle importance si je crois au mien ?

Normalement...

Publié le 21/10/2009 à 23:18 par lepiphyte
Normalement, les gens devraient me dire : sans guillements, sans tiret, tout ça c'est bon pour la littérature... : bordel de merde, quand est-ce que tu écris de nouveau ?
Mais on est toujours seul à se dire les choses.
Toujours seul à regretter.
Et seul à écrire...
Ou pas.
Alors pas.
Un cycle de plus.

Moustache

Publié le 30/09/2009 à 21:28 par lepiphyte
- Pourquoi tu portes la moustache ?
- Parce que j’aime bien.
Conversation close.

Bien sûr, j’aurai aimé approfondir ma question, mais cela n’aurait probablement pas approfondi la réponse. La moustache de mon père était de ces secrets familiaux que jamais rien ne pourrait déterrer, et surtout pas la veulerie d’un fils à peine capable de dissimuler son dégoût devant un plat d’épinards peu cuits.
Il paraît que les chiens ne font pas des chats.
Il paraît que l’on est conditionné.
Il paraît qu’il faut paraître.
Et cesser d’exister.

Mon père montait le son de la télévision, ma mère regagnait la cuisine pour surveiller les épinards, et moi je me disais qu’un jour je finirais bien par savoir, si le temps le permettait, si les couilles voulaient bien pousser au creux de mon inspiration, si la grève bloquait la télévision pour de bon.
En même temps, je ne savais pas ce que je voulais savoir.
Juste poser des questions, une question peut-être, toujours la même, et une réponse pourquoi pas, mais toujours la même.

- Parce que j’aime bien.

Je n’ai jamais osé insister, comme je n’ai jamais osé refuser les épinards.
Et je ne savais pas ce que je ratais.
Il m’aura fallu vingt ans pour comprendre.
Comprendre qu’on ne peut pas bien aimer porter la moustache.
Mais qu’on peut éluder sans cesse pour éviter de se livrer.

Je l’ai compris en me laissant pousser la barbe, comme pour cacher mon visage grossissant, un matin dans la glace j’ai revu mon père en face de moi, l’assiette d’épinards à portée de fourchette, la télécommande à portée de main, la moustache à portée de visage.
Papa.
Je ne l’ai jamais appelé papa que dans les grandes occasions bien sûr, la fête des pères, l’anniversaire, ou les moments de doutes, ceux où j’étais redevenu gamin, incapable de lutter face au monde, avec ce besoin irrépressible de me cacher sous l’épaule de mon père, mon papa et son désir irrépressible de se cacher derrière une moustache.
Il fallait me cacher derrière une barbe pour comprendre.
Moi qui n’aurai pas d’enfants.
Plus de papa.
Terminé.

Je plonge ma barbe aux épinards, je me régale et je savoure, l’absence en bout de table, incapable de me passer ce foutu sel de mer, ma mère, mon père, absents depuis trop longtemps, et le regret, pour assaisonner tout ça.

- Pourquoi tu portes la moustache, papa ?
Bien sûr ça n’aurait pas voulu dire grand-chose, mais parfois, un mot simple, ça suffit pour dire je t’aime.
Et les secrets m’auraient été livrés.

Du jour au lendemain

Publié le 21/09/2009 à 22:12 par lepiphyte
On peut mourir du jour au lendemain, c’est ça qu’elle a dit, Nicole, entre la fin de son rosé et le début de son café.
Un verre de rosé pour tout le repas, c’est bien suffisant, déjà que son mari n’a pas arrêté de la taquiner auprès du serveur, on ne va pas prendre du rouge en plus, elle serait capable de le boire, c’est qu’elle doit boire en douce probablement, bien sûr qu’une demi-bouteille ça suffira bien, à trois, même sans conduire, ça noie le chagrin mais ça délie les langues…
Quel con, ce Robert.
En voilà un qui ferait mieux de mourir du jour au lendemain.
Quarante degrés maximum pour la chemise jaune, c’est marqué sur l’étiquette juste à côté des pourcentages, polyester et coton, attention !
Jeanne n’aime pas les mauvaises pensées, se concentrer sur l’étiquette ça chasse un peu le vilain. Le quotidien est parfois tellement rassurant, avec ses étiquettes toutes faites, ses degrés maximums, et ses petites habitudes qui sentent bon la vie.
N’empêche qu’il peut bien crever, le Robert, ça ne changera rien au monde en route.
Nicole boira peut-être deux verres de rosé, à la rigueur… Et deux cafés pour faire passer. Elle parlera plus pareil, ça c’est sûr, mourir du jour au lendemain, quand on ne sait pas ce que c’est, ça reste des mots.
Des mots de rien, d’ailleurs.
Parce que finalement ça nous arrivera tous, un jour vivant, le lendemain six pieds sous terre.

Jeanne enfourne le linge dans la machine, quarante degrés maximums, les chemises de Raoul ça mérite un peu d’attention. Même si c’est pas bien grave, aller au bout de choses, ça lui rappelle le temps.
Le bon temps.
Celui d’hier.
Et puis du jour au lendemain…

Elle jette un œil au buffet du couloir, sur la photo un grand sourire, les yeux crispés de trop de soleil, comment ça trop de soleil, y’en a jamais trop tu sais bien, au contraire, tout ça c’est du souvenir, attends je vais en prendre une autre, quand je vois comment tu es beau, dans ta chemise jaune, c’est comme le soleil, tiens, tu brilles sur la terrasse.
Lui, bien sûr, il disait que ça ne servait à rien tout ça.
Il le pensait aussi.
Mais on n’achète pas un buffet du jour au lendemain, d’ailleurs c’est Lucien qui lui a laissé, le buffet, quand ce salaud est parti avec l’avenir, il lui a laissé les meubles, c’est déjà ça.

Quand Nicole boit son verre de rosé, elle n’arrête plus de jacter.
Elle parle du voisin qui doit sûrement se frotter à l’alzheimer parce qu’il répète trois fois la même chose, et elle le répète trois fois en sirotant son nectar.
Robert, ça le fait rire avec le serveur.
Jeanne, ça la rend un peu triste.
Comprendre trois fois de suite que ces deux là feraient mieux de se séparer, ça fait toujours plus mal quand on est seul.
Le serveur prend une photo, pour immortaliser le repas, sur la terrasse fin septembre, si on avait pu prévoir ça, on se serait habillé moins chaudement, on aurait mis son sourire du dimanche, on serait venu avec plaisir… mais non, on ne peut jamais prévoir le temps, même la fille de la météo se trompe tout le temps alors mon vieux Dassin, ton été indien, tu peux dormir avec autant que tu veux.
Lui, il n’aimait pas les photos, et ça lui aurait pas plu de finir sur le buffet du couloir.
Il disait en rigolant qu’il fallait vivre et pas prendre le temps en photo, qu’une photo ça ne servait que pour quand on serait mort, ou vieux au mieux.
Il croyait pas si bien dire.
Du jour au lendemain.
Un mari qui vous quitte en laissant traîner son buffet dans le couloir, on s’y fait très bien.
Mais un fils qu’on perd, même une photo sur le buffet, ça ne le remplace jamais.

Jeanne va étendre la lessive, quand ça sera sec il faudra repasser tout ça, sans trop repasser par le buffet, juste un peu à la rigueur, juste comme ça, histoire de, juste un peu et sourire malgré tout, ou pas d’ailleurs, le sourire c’est bon pour la rue, pour les voisins, pour Nicole et Robert, ou pour Raoul, quand elle lui ramènera ses chemises propres et repassées, Raoul il est tellement gentil qu’elle lui doit bien ça, et puis ça occupe, sans repasser par le buffet, juste un peu à la rigueur, juste comme ça, histoire de, juste un peu et sourire malgré Nicole et Robert, malgré Lucien, malgré le buffet, malgré ce temps qui passe, du jour au lendemain.

Les plantes de Maigret

Publié le 24/08/2009 à 22:59 par lepiphyte
J’arrose les plantes puis je me sers un verre, si je dois mourir bientôt, quelque chose doit me survivre.
Faire ce qu’il faut pour peut-être, puisque je ne m’y destinais pas.
On ne se destine jamais, on se laisse porter, puis on fait semblant d’avoir pris les commandes.
Faire semblant est le propre de l’homme, je l’ai compris à la troisième lettre de refus de Monsieur Carambar, malgré les qualités évidentes de ma boutade en trois lignes, mon humour ne correspond pas à la ligne éditoriale de leurs futurs caramels durs.
Alors je fais semblant.
Pour celles et ceux qui m’ont lu.
Celles et ceux qui me lisent.
Celles et ceux qui me liront.
Celles et ceux qui feront semblant.
Ou pas.

J’arrose les plantes puis je me sers un verre, mais à aucun moment je ne pisse.
Pourtant elle ne sert plus qu’à cela.
Mais je ne pisse au verre qu’aux soumissions désordonnées de mes délires masochistes, et je ne pisse qu’aux plantes des dégénérés qui confondent bio et écolo.
Alcoolo en hélicoptère, j’ai le mal de l’air.
Malgré la qualité de mes éructions, je ne corresponds plus aux lignes éditoriales de l’existence.
Je me laisse traîner dans des voitures de jeunes où l’on jette les paquets de gâteaux par les fenêtres en écoutant Noir Désir à donf.
Tu trouves pas qu’il déchire ce morceau de vingt minutes ?
Mais non, justement, je ne trouve pas qu’il déchire. Les paroles sont des offenses aux poncifs ordinaires et je peux pas piffrer cette sœur d’Higelin qui se croit autorisée à répéter le cliché sous couvert de folie désabusée.
Je peux pas piffrer les connards qui jettent des paquets de gâteaux par les fenêtres en pensant que ça nourrira les poules.
Je peux pas piffrer les poules.
Et je pisse même pas par la fenêtre.
Pourtant elle ne sert plus qu’à cela.

J’arrose les plantes, cadeau d’anniversaire empoisonné dont il faut s’occuper jour après jour tandis que les bibelots à poussière, je m’étais habitué à les entretenir. Mais l’habitude, avec le temps qui passe, c’est vrai que ça ne fait jamais bon ménage avec la nostalgie précoce. Un animal, ça aurait été pire, je me dis parfois. Un animal avec portable, histoire de m’envoyer des SMS pour me rappeler son bon souvenir.

J’arrose les plantes doucement, on se croirait dans Maigret.
Maigret est à Derrick ce que Pernaut est à Spielberg. Poudre aux yeux régionaliste sans moyen ni talent. Pas de cascade, pas de mouvement, pas d’action, pas de talent. Gâchis de pellicule pour des pipes qui se bourrent de travers et des dialogues sans lendemain.
- Vous avez vu quelque chose ?
- Non.
- Bon, mais vous avez quel âge ?
- 16 ans.
Maigret bourre sa pipe, le spectateur s’interroge.
La fille a toujours 16 ans, même si l’actrice en a le double.
Excitation du mâle, femelle rassurée.
Une pipe qu’on bourre, c’est toujours une action, quand on regarde bien.
Un peu comme pisser dans un godet, ou arroser des plantes.

J’arrose les plantes puis je me sers un verre, histoire de trinquer aux indolentes.
Trinquer tout seul à la santé des innocentes, celles qui manient si bien le mot quand je ne sais jamais que pisser aux sources.
Mais zappez, bordel de merde !
Laissez pourrir vos noirs désirs aux prisons des incultes et pissez sur vos télécommandes, vous savez bien que nous finirons par tous le regretter sinon, non ?!
- Si… oui, encore…
- Bon, mais vous avez quel âge ?
- 16 ans.
- Bourre moi la pipe et cesse donc de gémir.
Maigret se fait bourrer la pipe, le spectateur s’interroge.
Pourquoi tant d’années devant Derrick ?

Parce qu’on ne se pose jamais les bonnes questions, et si meurent les plantes peu m’importe.
Je pisse sous les ordres.
Et je bois à votre santé.
Que quelque chose me survive, peut-être.
Ou pas.
16 ans ?... Sacré Bruno.

Et pour la route, vous parler de moi...

Publié le 16/07/2009 à 22:01 par lepiphyte
C’est la seconde fois en deux jours que je me conduis sur ce crachat d’enfance qui court à mon pare-brise, je laisse couler sur ma joue une bave adolescente que je pensais tarie. La salive est la source du souvenir, c’est lui qui coule en elle, c’est lui qu’elle distille, notre mémoire n’est qu’une machine à cracher aux gueules des désabusés. Notre mémoire n’est qu’un acide pacte de gosses, promis, juré, craché, je lève la main au ciel et capte l’essence du monde.
Le mien.

Je n’avais pas repris ces routes depuis tant d’années, c’est pourtant la seconde fois en deux jours que je me traîne dans un souvenir. Je n’ose pas croire qu’un tel retour aux sources me fasse tant de bien. J’ose malgré tout les sensations d’un pragmatisme jubilatoire, les poumons enfumés comme à la grande époque, toutes fenêtres ouvertes, j’alimente l’essence du monde.
Le mien.

Je me distrais l’esprit en noyant bien amer les notes du présent qui perlent l’indicible et je trempe ma lèvre à l’acidité nue dont elle est ignorante et je le sais trop bien.
Ainsi, il faudrait être beau à défaut d’être fou.
Ainsi, il faudrait avancer à défaut de s’aimer.
Ainsi donc il faudrait.
J’avance à mon envie de passé solitaire et je me vois enfant utopique invincible en caressant la sève à mes désirs repus où elle reste absente en le sachant trop bien.
Ainsi donc, à la radio des gens parlent.
Ainsi donc.

La banlieue a phagocyté l’enfance, alourdissant l’ambiance de maisons péremptoires où le square des jeunesses nostalgiques excelle à l’obséquiosité tardive.
La nostalgie, je m’en branle.
C’est l’homme qui se bouffe l’espace sans ravaler sa salive, depuis toujours, c’est lui qui essaye de cracher en avant sans y parvenir, mort aux souvenirs, mort à la nostalgie, mort aux mots, mort aux idées… il s’agit de paraître et surtout se montrer, il s’agit de se fondre tout en sortant les armes, mort à la partouze, l’homme se branle en avant, cracher ses larmes, cracher ses souhaits, cracher ses désirs… cracher c’est devenu ringard.
Je suis un ringard qui se branle sans se cacher.
Un ringard qui se raconte un peu, il était temps de vous parler de moi.

Je ne me souviens pas du square où j’ai chié pour la première fois dans mon froc, mais la première qui s’est pris une giclée dans l’œil, ça, ça jouit dans mon esprit.
Le temps est une jouissance frustrée qui se cherche une excuse, éjaculation précoce de souvenirs, baise bâclée de regrets fardés. Je suis trop jeune pour la nostalgie, je n’ose qu’à peine l’aveu lascif du fantasme isolé à cette promiscuité contrainte de mon passé étroit. Trop jeune pour me plier à ces phrases sans saveur. Trop jeune pour m’oublier à ce présent fécond. Trop jeune pour niquer cette putain de vie en chialant, mais tout juste prêt à lancer l’effeuillage.
Je ne suis pas nostalgique, je ne suis pas frustré.
Je suis bien.
Dans un monde qui ressemble au mien.

Il y a quand même un sacré bouquet de maisons qui a poussé par ici, on ne voit plus le ciel partout. La radio grésille par moments, pourtant des gens parlent à la radio.
Ainsi donc, on ne capte pas partout les gens qui parlent à la radio.
Enfin, en vrai, entre nous, on les capte partout, ces connards qui n’ont rien à dire mais ne s’en privent pas. A notre époque, on met des caméras partout, notre vie se joue sur écrans, sur radars, colportée par les satellites ennemis, l’ennemi s’est fondu au moule aussi bien que nous, je ne peux plus me méfier que de moi-même et vous suggère d’en faire autant.
Il était temps de vous parler de vous.
Vous êtes devenus des chiffres, et les informaticiens se fendent la gueule.
1 t’es vivant, 0 t’es mort.
Seuls les informaticiens et les autistes comprennent ce genre d’humour hautement technologique, vous savez désormais par déduction à quelle catégorie on vous rattache, et si vous ne le savez pas c’est encore mieux.

L’idéal, c’est 2, bien entendu, mais ça n’existe pas. L’humanité n’est qu’une succession de blagues foireuses où le compte n’est jamais bon, sauf dans les jeux télévisés bien sûr, la vie est devenue un jeu où il s’agit de se montrer ou de regarder, vous avez même le droit de faire les deux, pour le coup, on n’avait pas tellement envie de rincer l’œil des caméras de surveillance étatiques, on s’est lancé dans l’oligarchie numérique. Un monde sous contrôle où la dictature de l’image émerge.
Big Brother a tué ses enfants, ils sont cons ces ricains.
Excusez-moi pour ces propos, mais j’ose espérer que ce n’est pas demain la veille que nous, les Français, deviendrons comme eux, à bouffer du Macdo à profusion et vomir du phonème en guise de répliques.
Fuck !
Voilà bien un endroit du monde où l’on a appris l’économie de salive, et en période de crise, vous savez comme moi qu’il n’y a pas de petites économies.

Finalement on capte un peu trop dans ce monde-là, mais dans la voiture je ne capte pas partout.
C’est pas ma voiture, il faut dire, et j’ai pas le droit d’épingler la FM aux véhicules des morts. C’est la voiture de mes grands-parents, qui ont toujours écouté les gens qui parlent à la radio en grandes ondes, tout doit rester en l’état.
Le respect, ça se perd.
Mes grands-parents ont fait partie toute leur vie de cette majorité qui ne capte pas partout les gens à la radio, ils ont vécu bien parallèles dans un délire d’informaticien en devenir, ils se sont résignés, peut-être même, une fois qu’on survit à la guerre on se résigne enfin. Ils n’entendront plus jamais personne, à la radio ou ailleurs, plus de guerres, plus de regrets, plus de crachats, plus de mots, plus d’envies, plus rien.
Le respect, c’est laisser pousser la poussière à ces silences-là.
Le respect, c’est oublier que moi, même aux grandes ondes qui grésillent…
Le respect c’est la moindre des choses.
Et tellement de moindres choses qui mériteraient qu’on s’y attarde…

C’est la seconde fois en deux jours que je conduis mon espérance aux routes du passé, ça change des transports en commun. J’arrive enfin chez moi, comme à la grande époque, glissant la voiture au parking, à côté de l’école primaire.
Je sors doucement, sans faire de bruit, quelle grande époque que celle-ci.
Le monde est une cité dortoir, j’ai fait cauchemarder des quartiers entiers, mais ceux de ma jeunesse ont le sommeil du juste, et c’est juste retour des choses qu’un retour héroïque soit ponctué de silence.
A bas les effusions, à bas les regards en coin, à bas les léchages de fions, à bas les retours en train.
Je ferme la voiture en silence, dans le parking à côté de l’école.
Comment aurai-je pu me souvenir d’un square en rencontrant la cour d’école ?
Mon esprit est un shaker à mollards, on devrait gicler du quartier quand bourgeonne la puberté.
Je sors de la voiture et me retrouve enfin, grande époque. Mais je n’ai pas pris l’autoradio, je l’ai juste éteint. Se balader avec un mange-cassettes boulimique sous le bras, ça ne se fait plus. Et puis, des gens parlent sous la poussière des arborescences héréditaires, ne pas tout mélanger, c’est la moindre des choses.

Je rentre précautionneusement, tournant la clef dans la serrure avec l’habileté d’un démineur bourré, j’ai cru réveiller mes parents des centaines de fois, alors que c’était le sommeil des braves que je leur apportais enfin dans la gueule d’un autoradio suppliant le silence. On ne dort plus quand on a des enfants, s’ils ne peuvent pas travailler à la mine pour épuiser leurs désirs pré-pubères.
Rien de plus rassurant que d’être tous réunis sous le même toit.
Je referme la porte, et j’allume la lumière.
Rien de plus rassurant.
Cette nuit, personne ne cherche le sommeil ici, le souvenir s’arrête là.
Aux buissons de la cour d’école.
Mes parents ne m’entendent plus rentrer chez eux depuis longtemps, cela ne se reproduira plus, du reste.

Je contourne le bar sans regarder la chambre, devant la fenêtre mon linge savoure la nuit. Je me sers un verre. Dans un verre à liqueur, un de ceux que j’ai ramenés de Barcelone, ça ne nous rajeunirait pas d’en parler. Sur celui-là, c’est un taureau sans relief qui accueille son Marc de Gewurztraminer de fin de soirée. Le Marc de Gewurztraminer est à l’alcoolisme ce que la dyslexie est à la maladie.
Quand on ne parvient plus à nommer son mal, c’est qu’il a pris le dessus.
On ne se facilite pas la tache, je vous l’accorde.
La mode va même jusqu’à étiqueter les nouveaux nés d’imprononçables incohérences envers l’hérédité singulière. Où sont les triples prénoms de ma jeunesse ? Où sont les vraies questions ? Tout est affaire pour se démarquer, mais quand on n’a pas de talent, on a rarement accès à l’idée de substitution. Quand le désir lascif de se rouler des pelles conduira notre belle jeunesse à se titiller l’égo aux yeux des différences, le couple ne sera plus qu’un pâle souvenir noyé aux crachats de l’humanité.
Quand on ne parvient plus à nommer son mâle, c’est qu’il a pris la fuite.
On ne se facilite pas l’attache, je vous l’accorde.

Les parents, eux, n’ont aucun mal pour nommer leur progéniture, quel que soit le prénom choisi. On perpétue l’espèce avec la fantaisie de nos moyens, comme on peut, mais on la perpétue, et rien de plus beau au monde qu’une famille déjouant la suprématie du chiffre.
Rien de plus rassurant que d’être tous réunis sous le même toit.
Je m’assois, j’allume un clope, et je déguste mon Marc de Gewurztraminer.
Serein.
Sans le prononcer.
Pas nostalgique, pas frustré.
Bien.
Comme hier, après les avoir tués.

Puisque je suis un fou à ne vivre qu'en prose

Publié le 02/07/2009 à 21:12 par lepiphyte
Il faudrait être fou pour oser l’utopie
De se jouer de vous en mièvre poésie
Cependant que le monde abjure sa douleur
En devenant immonde afin de se faire peur.
Mais les fous sont légion aux cours des infidèles
Et n’ont plus de bastion à ces idées rebelles
Où la rime vous guide au hasard des névroses
Affrontant l’indicible au quotidien en proses.

Je suis un fou de plus et je n’y prends pas garde
Assoiffé d’absolu tandis que je me farde
De tant d’ignominies où je vous singe en vain
Parfumant d’utopies mon captieux dessein.
Vous ferai-je l’amour en écrivant des mots
Sans haine et sans contour baisés sur votre peau
En laissant une trace où le plaisir enfin
Vient vous céder la place et se relit sans fin ?

Je ne serai qu’auteur à l’ombre des désirs
Où je maudis l’ardeur de vos cris sans plaisirs,
Quand le temps le voudra je ne serai plus rien
Mais il vous restera cet écho incertain
Qui dit que je vous aime à être fou enfin
En noyant le poème à mes envies de rien
Et qui se rie de nous sans que je m’y oppose
Puisque je suis un fou à ne vivre qu’en prose.

Il est grand temps de vous parler de Jeanne

Publié le 28/06/2009 à 22:32 par lepiphyte
Bien sûr, je pourrais faire dans l’écologie. Un bon texte en prose à mettre au vert, ça ne peut pas vraiment faire de mal. Je vois tout à fait le genre. Un genre de création pseudo-artistique, pseudo-littéraire, pseudo-scientifique, pseudo-intellectuelle même, pourquoi pas, certains le font avec moins de cent-vingt mots au vocabulaire, alors pourquoi pas en effet, se donner un genre à travers des pseudos.
Plonger sa plume à l’écolo, ça soulage le politique qui n’a pas encore trouvé la bonne façon d’en parler et n’en a pas envie, du reste. Ca donne bonne conscience aux élites par procuration, ça ouvre les yeux du petit peuple, celui qui ne décide rien, celui qui subit seulement, bien à l’affût des directives, puisque c’est le geste quotidien du tout-venant qui finira par réélire la majorité, et s’il faut pour cela vous conduire aux urnes par la force, nous trouverons bien les moyens, à condition d’économiser l’eau quand tu te laves les dents si jamais tu te laves, bien entendu.
Bien sûr, je pourrais faire dans l’écologie, en survolant le monde à bord d’un hélicoptère probablement électrique, tout devient possible, et ceux qui n’en ont pas besoin ouvrent les yeux pour les autres. Moi, ça pourrait me rapporter du fric pour engrosser l’hélicoptère en vue d’un futur projet de circonstance.

Mais la bonne conscience, autant que la circonstance, je me les fourre bien profond en tentant si possible d’y prendre plaisir, sinon à quoi bon ?
Ca s’appelle profiter de la vie.
Et même si je sais bien que ce que je nomme profit, la majorité d’entre vous le considère comme addiction dépravante, ça s’appelle vivre, tout simplement.

Vivre sans écrire est l’utopie des illettrés.
La récréation du cerveau.
Le soupir de l’âme.
Profiter sans écrire, c’est vivre sans respirer.

Quelqu’un qui respire, dans un texte, c’est déjà de l’écologie, quelque part.
Je ne le mérite pas.
Vous ne le méritez pas.
Elle non plus, ne le mérite probablement pas.
Mais Jeanne…

Il est grand temps de vous parler de Jeanne.
Quatre-vingt cinq ans de respirations, ça force l’admiration…
Jeanne.

Jeanne, c’est cette petite bonne femme qui traîne son cabas sur le trottoir jusqu’à la supérette du coin, et non merci pas besoin d’aide pour traverser, cette route-là respirait encore la terre bien avant que tu ne sois née, pauvrette ! Et pas besoin de photos non plus parce que la mémoire de Jeanne c’est un livre ouvert à tous les illettrés du quartier, c’est pas le bitume qui lui fera perdre ses moyens, à la Jeanne.
Jeanne, c’est le petit rayon de soleil du cœur de Paris, toujours sourire, toujours d’entrain, toujours discrète, néanmoins.
Vous lui parlez de rien et elle sait déjà tout.
Vous lui parlez de tout et elle n’y change rien.
Jeanne sait vivre avec son temps, et les temps ont bien changé, mais quand on sait y faire on s’adapte sans en avoir l’air.
Jeanne, c’est une virgule au temps qui passe, ça fait du bien quand on l’écrit.

Jeanne part faire les commissions, puisqu’elle sait prendre son temps, rien n’est affaire de course. Tout vient à point, qu’elle répète parfois, quand personne n’écoute vraiment. Elle sait attendre le point du jour, et part faire les commissions à l’ouverture des magasins, vous comprenez, c’est mieux quand il y a moins de monde, ça dérange moins, c’est plus simple, aujourd’hui tout le monde voudrait son heure de gloire mais l’anonymat, quand on y croit, c’est simple comme bonjour.
Elle dit bonjour aussi, parce que tout se perd dans ce monde-là. Mais Jeanne connaît bien son quartier, il n’est pas question de se perdre, et puis si ce jour-là débarque, à la guerre comme à la guerre, Jeanne aura des alliés.
Tout le monde connaît bien Jeanne, ici.
Et Jeanne a bien connu la guerre, alors…
Ca ne sert à rien de se fourvoyer en souvenirs, dire bonjour ça ne veut pas dire s’étaler, parler des autres ça ne veut pas dire parler de soi.
Jeanne a compris depuis longtemps.
Le temps tire les ficelles, et l’anonymat se joue du temps.
L’air de rien.

On tient la porte à Jeanne quand elle sort du magasin, mais on fait l’air de rien, pour pas qu’elle s’en rende compte, parce que dans sa tête, elle a vingt ans, la Jeanne, et si le corps ne suit plus ça pourrait tout foutre en l’air.
L’éclipse d’un soleil de quartier, c’est la déprime assurée.

Jeanne, elle connaît tout le monde, et tout le monde connaît Jeanne.
Dans la rue, sur le trajet, elle y va toujours de son petit mot gentil. Le prix du lait qui finira bien par baisser, les enfants qui réussiront mieux la prochaine fois, la cousine qui repassera forcément sur Paris dans l’année, et l’assurance qui consolera ce petit larcin si anodin ; une de perdue dix de retrouvées, mais dans sa bouche le moindre dicton fait acte de prédiction. Quand elle ne trouve rien à répondre, une petite anecdote probablement d’invention vient égayer le cœur du quidam désœuvré.
Tout le monde connaît Jeanne, et Jeanne connaît tout le monde.
Pourtant, hormis son âge…

Quand Jeanne quitte l’ascenseur, elle sort ses clefs du porte-monnaie glissé au fond du sac en toile. Elle ouvre la porte méticuleusement, en frottant le paillasson avec ses pieds, pour nettoyer le paillasson, puis elle pénètre dans le vestibule.
Le sac en toile est plein de commissions, alors elle file à la cuisine, mais au passage elle jette un œil au buffet du couloir. Un petit regard de rien, plein d’amours maladroites, plein d’émotions furtives.
Jeanne range son frigo pour mieux ranger sa vie, si tout est bien rangé elle pourra mieux se souvenir.
Et mieux laisser paraître.
Un rayon de soleil, ça ne s’improvise jamais.
Il lui en a fallu, du temps, pour en glisser sur le buffet.
Personne ne vient jamais jusqu’au buffet, mais sait-on jamais, si un jour l’inattendu s’offre aux anonymes, Jeanne est prête.
Prête à respirer encore.
Et des respirations comme ça, ça se raconte autant que ça se vit…

Rassurez-vous !

Publié le 24/06/2009 à 22:00 par lepiphyte
Je vais mourir bientôt.
D’une manière ou d’une autre, cela semble inévitable, autant dans cette idée ancrée depuis toujours que dans sa longévité raccourcie sans arrêt.
On ne s’arrête jamais suffisamment.
On ne se pose pas les bonnes questions.
Quand on se les pose enfin, on élude.
Prélude.
A toute poésie se confond la torture.
Vous le savez comme moi.
Ou ne le savez pas.
Et ça dure.
Ou pas.
Peu importe.
Je vais mourir bientôt.
Est-ce rassurant de le savoir ?
Bien sûr que non.

Nous avons tant de certitudes que nous pourrions coucher avec sans bien nous en souvenir, soir après soir, l’humanité volage se noie aux espérances du quotidien péremptoire, et rien ne survit vraiment.
Le préservatif, peut-être.
Dont on use avec maladresse.
Aux recoins des croisements sans lendemain.
Puisque nous mourrons tous demain, surtout ceux qui n’en usent pas.
Il pourrait être rassurant de le savoir.
Bien sûr que non ?

Je vais mourir bientôt, je refuse que tu y contribues.
D’une manière ou d’une autre, sans le savoir vraiment.
Je sais que tu ris quand je t’enlace, je sais que tu fuies quand je t’embrasse, je sais que tu vis à la surface de mes envies les plus tenaces, je sais que tu cherches en vain des mots à aiguiser comme des couteaux pour me planter là comme un con…
En guise d’affection.
Je mets des mots dans chaque respiration, et je vis de ponctuation.
Mais l’écriture n’est qu’une trace, il me tarde d’en laisser tant, et je me perds, pourtant.
Je le sais, sans avoir besoin d’être rassuré.
Je vais mourir bientôt, et vous n’en saurez rien.
Rassurez-vous.